Tatouage médical : ce que retient une revue systématique

Le tatouage médical redonne de la couleur à une peau marquée par une maladie ou par un traitement : aréole après un cancer du sein, cicatrice, vitiligo, cuir chevelu dégarni. Les patients en sont-ils satisfaits ? Une revue systématique américaine, publiée en 2021, a rassemblé dix-huit études sur le sujet. Sa conclusion est encourageante, mais elle repose sur des preuves encore modestes.

L’essentiel

  • Quoi ? Une revue systématique de 18 études sur le tatouage médical : cuir chevelu, vitiligo, cicatrices et, pour 10 d’entre elles, reconstruction de l’aréole et du mamelon.
  • Quel résultat ? Dans toutes les études, une large majorité de patients se disent satisfaits : 91,7 % en moyenne, selon les auteurs.
  • Quelle confiance ? Aucune étude ne répartit les patients par tirage au sort. Le niveau de preuve est modeste, et la recommandation des auteurs est de grade B : le soin peut être proposé, en restant attentif aux données nouvelles et aux préférences des patients.
  • Et ensuite ? Les auteurs demandent des études mieux décrites : qui réalise le geste, avec quelle formation, quelles encres, et une satisfaction mesurée par une personne indépendante.

Une revue systématique, c’est quoi ?

Une seule étude suffit rarement à répondre à une question de santé. Une revue systématique rassemble les études publiées sur un sujet selon une méthode fixée à l’avance : où chercher, avec quels mots-clés, quelles études garder et pourquoi. Cette méthode limite le risque de ne retenir que les travaux qui vont dans le sens attendu.

Une revue ne vaut pourtant pas plus que les études qu’elle réunit. Si celles-ci sont petites ou fragiles, la revue l’est aussi. C’est pourquoi elle s’accompagne souvent d’une évaluation du niveau de preuve, du plus solide (des essais où les patients sont répartis par tirage au sort) au plus faible (des séries de cas ou l’avis d’experts).

Comment la revue a été menée

Stacie Becker et Jeffrey Cassisi, de l’université de Floride centrale, ont interrogé deux bases de données scientifiques, Medline et APA PsycInfo, jusqu’en septembre 2020. Leurs mots-clés associaient le tatouage médical, la micropigmentation ou la dermopigmentation à la satisfaction, aux cicatrices, aux brûlures, à l’alopécie ou au vitiligo.

Ils ont retenu les études portant sur un tatouage de la peau lié à une maladie, et rapportant une mesure de la satisfaction des patients, à partir d’au moins une série de cas. Les tatouages servant de repères pour la chirurgie ou la radiothérapie étaient exclus.

Sur 285 articles trouvés, 194 ont été écartés, faute de correspondre au sujet, de disposer d’un texte intégral accessible ou d’une version en anglais. Les 91 restants ont été lus en entier, et 18 répondaient aux critères. Ils portent sur environ 900 patients.

Ce que la revue a trouvé

Les 18 études se répartissent en quatre groupes : la reconstruction de l’aréole et du mamelon (10 études), les cicatrices (3), le vitiligo (3) et le cuir chevelu dégarni (2). Toutes rapportent une majorité de patients satisfaits, de 78 % pour des cicatrices à la totalité des patients interrogés dans plusieurs études.

Graphique : part de patients satisfaits dans les 18 études de la revue, par type de tatouage médical (aréole et mamelon, cicatrices, vitiligo, cuir chevelu). Les valeurs vont de 78 % à la totalité des patients interrogés.
Graphique RNPSDA, d’après le tableau 2 de la revue.

Les mêmes résultats en chiffres :

Type de tatouage médicalNombre d’étudesPatients satisfaits selon les études (%)
Aréole et mamelon1081 à 100
Cicatrices378 à 88
Vitiligo383,4 à 100
Cuir chevelu296 à 100
Lecture : chaque étude mesure la satisfaction à sa façon ; les écarts entre études sont à lire avec prudence. Source : Becker et Cassisi, 2021, tableau 2.

En moyenne, 91,7 % des patients se disent satisfaits, selon les auteurs. Ils relèvent aussi une satisfaction proche quel que soit le professionnel : 92,2 % en moyenne quand le tatouage est réalisé par un médecin, 93,6 % quand il l’est par une autre personne, infirmière ou praticien du tatouage médical par exemple. Pour eux, les résultats semblent équivalents. Ces moyennes comparent toutefois des études différentes, et non des patients tatoués par l’un ou l’autre dans une même étude.

Ce que la revue dit de l’aréole

Dix des dix-huit études portent sur l’aréole et le mamelon après un cancer du sein. Toutes rapportent une satisfaction élevée. Les auteurs détaillent une étude italienne de 2020 : 48 patientes tatouées par des internes en chirurgie plastique à l’hôpital universitaire de Modène, interrogées un an après. 67 % se disaient très satisfaites, 25 % satisfaites et 8 % insatisfaites. Ses auteurs concluaient que le geste devait être réalisé par des soignants bien formés, sous la supervision d’un médecin.

Une autre étude de 2020 suggérait que le tatouage seul, sans reconstruction chirurgicale du mamelon, donnait une satisfaction plus élevée que les autres techniques. La revue invite à ne pas surinterpréter ce résultat : les patientes opérées avaient sans doute des situations plus lourdes au départ.

La revue décrit aussi le tatouage en trois dimensions, qui joue sur la lumière et les ombres pour donner l’illusion d’un relief. Elle relève une tendance : ce geste est de plus en plus confié à des infirmières et à des tatoueurs professionnels, et plus seulement à des médecins.

Complications et tenue de la couleur

Les complications rapportées sont peu nombreuses, et la plupart se sont résolues sans traitement. Les plus fréquentes sont une rougeur, un gonflement, une coloration plus foncée au début et un léger éclaircissement du pigment. Quelques études signalent aussi une réaction au pansement, une désunion de cicatrice, une infection, une éruption cutanée ou une nécrose superficielle.

La tenue de la couleur reste mal connue. D’après leur expérience, les auteurs estiment que la plupart des tatouages tiennent une dizaine d’années avant une retouche, et soupçonnent le soleil d’accélérer l’éclaircissement ; aucune étude ne l’a encore vérifié. Ils regrettent que les études ne précisent pas les encres utilisées. Ils demandent que les encres présentées comme plus adaptées au tatouage médical soient évaluées par des essais indépendants.

Ce que la revue ne permet pas de conclure

  • Des preuves modestes. Les études retenues sont des études de cohorte ou des séries de cas, sans tirage au sort ni groupe de comparaison. Les auteurs classent leur niveau de preuve entre III et IV, sur une échelle qui va de I, le plus solide, à V.
  • Des satisfactions mesurées différemment. La plupart des études n’utilisent pas de questionnaire standardisé, ce qui rend les pourcentages difficiles à comparer ou à additionner. La revue attribue par exemple « 93 % de satisfaction globale » à l’étude australienne de Smallman, qui publie en fait un score moyen sur 100 et des pourcentages question par question.
  • Des moyennes à lire comme des ordres de grandeur. Calculée à partir du tableau de la revue, la moyenne des 18 études est de 91,0 %, un peu en dessous des 91,7 % annoncés. L’écart ne change pas le constat, mais il rappelle la fragilité de ces chiffres.
  • Une recherche limitée. Deux bases de données seulement, des études en anglais uniquement, et un premier tri sur titre et résumé fait par une seule personne : des travaux ont pu échapper à la revue. Les auteurs disent avoir suivi la grille PRISMA conçue pour les revues exploratoires, qui n’évaluent pas toujours la qualité des études.
  • Des auteurs engagés. Les auteurs présentent des cas issus de leur propre pratique du tatouage médical, et plaident pour la création d’une profession d’assistant en tatouage médical. Ils ne déclarent ni conflit d’intérêts ni financement.

Ce que les auteurs recommandent

Pour les prochaines études, les auteurs demandent de préciser :

  • qui réalise le tatouage (médecin, infirmière ou assistant en tatouage médical), avec quelle formation et quelle expérience ;
  • le nombre et la durée des séances ;
  • le matériel : marque, réglages, aiguilles et encres ;
  • la satisfaction, mesurée avec des questionnaires standardisés et recueillie par une personne indépendante de l’équipe soignante.

Ils proposent aussi d’évaluer l’estime de soi et la qualité de vie avant et après le tatouage, et de mener des essais où les patients sont répartis par tirage au sort, avec un groupe en liste d’attente.

Ces recommandations rejoignent un enjeu de traçabilité : noter l’encre utilisée et son numéro de lot permet de documenter les résultats et de les comparer.

Ce qu’il faut retenir

Cette revue de 18 études conclut que le tatouage médical satisfait une large majorité de patients, qu’il s’agisse de l’aréole, de cicatrices, du vitiligo ou du cuir chevelu. Le niveau de preuve reste modeste, et les mesures varient d’une étude à l’autre. Les auteurs recommandent ce soin (grade B), tout en appelant à des études mieux conçues et mieux décrites.

Questions fréquentes

Qu’est-ce qu’une revue systématique ?

C’est une synthèse des études publiées sur une question, réalisée selon une méthode fixée à l’avance. Sa solidité dépend de celle des études qu’elle réunit.

Le tatouage médical satisfait-il les patients ?

Dans les 18 études réunies par cette revue, oui pour une large majorité : de 78 % des patients interrogés à la totalité, selon les études. Ces études ont toutefois un niveau de preuve modeste.

Que veut dire une recommandation de grade B ?

Selon la méthode de la Société américaine de chirurgie plastique, utilisée par les auteurs, c’est une recommandation favorable fondée sur des preuves modestes : le soin peut être proposé, en restant attentif aux données nouvelles et aux préférences des patients.

Source et liens utiles

Becker SJ, Cassisi JE. Applications of Medical Tattooing: A Systematic Review of Patient Satisfaction Outcomes and Emerging Trends. Aesthetic Surgery Journal Open Forum. 2021;3(3):ojab015. Article en accès libre, texte intégral consulté le 8 octobre 2026.

Financement : aucun. Les auteurs déclarent n’avoir aucun conflit d’intérêts.

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Cet article d’information ne remplace pas un avis médical.

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