Une encre vendue dans un flacon neuf et scellé, parfois étiqueté « stérile », est-elle exempte de bactéries ? Des chercheurs de la FDA, l’agence américaine chargée des aliments et des médicaments, ont analysé 75 encres de tatouage et de maquillage permanent vendues aux États-Unis. Plus d’une sur trois contenait des bactéries, y compris des espèces capables de vivre sans oxygène. Voici ce que montre leur étude, publiée en 2024, et ce qu’elle ne permet pas de conclure.
L’essentiel
- Quoi ? 75 encres neuves et scellées, 40 de tatouage et 35 de maquillage permanent, de 14 marques vendues aux États-Unis, analysées en laboratoire.
- Quel résultat ? 26 encres sur 75 (35 %) contenaient des bactéries. Six souches ont été isolées en l’absence d’oxygène, et 19 des 34 bactéries isolées appartiennent à des espèces pouvant être pathogènes.
- Et la mention « stérile » ? Elle ne faisait pas de différence : 32,7 % des encres étiquetées stériles étaient contaminées, contre 38,5 % des encres sans cette mention.
- Et pour l’aréole ? Les encres de maquillage permanent étaient plus souvent contaminées que les encres de tatouage. L’étude n’a pas testé les pigments destinés spécifiquement à l’aréole.
Bactéries aérobies et anaérobies : quelle différence ?
Certaines bactéries ont besoin d’oxygène pour se développer : on les dit aérobies. D’autres vivent sans oxygène, ou même en meurent à son contact : ce sont les anaérobies. Entre les deux, les bactéries dites facultatives s’adaptent aux deux situations.
La question est importante pour le tatouage. L’encre est déposée dans le derme, une couche de la peau où l’oxygène est rare. Selon les auteurs, des bactéries anaérobies présentes dans une encre pourraient donc s’y développer et causer une infection. Or on sait peu de choses sur leur présence dans les encres. C’est la première étude, selon ses auteurs, à rechercher à la fois les bactéries aérobies et anaérobies dans des encres du commerce.
La quantité de bactéries s’exprime en unités formant colonie par gramme (UFC/g) : chaque unité correspond à une bactérie, ou à un petit groupe de bactéries, capable de former une colonie en laboratoire.
Comment l’étude a été menée
L’étude a été menée par des chercheurs de la FDA. Ils ont acheté 75 encres auprès de 14 fabricants : 40 encres de tatouage de 7 marques, et 35 encres de maquillage permanent de 7 autres marques. Pour chaque encre, six flacons du même lot ont été achetés, tous intacts et scellés.
Les étiquettes ont été relevées : 49 encres revendiquaient la stérilité, et 26 ne donnaient aucune information à ce sujet. 53 encres étaient fabriquées aux États-Unis, 22 importées, toutes des encres de maquillage permanent.
Les chercheurs ont suivi une méthode officielle de la FDA pour les cosmétiques. Chaque encre a été mise en culture dans trois conditions : sans oxygène, avec peu d’oxygène et à l’air libre. Les cultures étaient lues après deux jours ; celles sans oxygène pouvaient être prolongées jusqu’à dix jours pour repérer les bactéries à croissance lente. Les bactéries trouvées ont ensuite été identifiées par l’analyse de leur ADN.
Ce que l’étude a trouvé
Au total, 26 encres sur 75 (35 %), provenant de 10 fabricants sur 14, contenaient des bactéries. Les chercheurs ont isolé 34 bactéries, appartenant à 14 genres et 22 espèces différentes.

Les mêmes résultats en chiffres :
| Groupe d’encres | Encres contaminées |
|---|---|
| Toutes les encres | 26 sur 75 (35 %) |
| Encres de maquillage permanent | 17 sur 35 (49 %) |
| Encres de tatouage | 9 sur 40 (22,5 %) |
| Avec la mention « stérile » | 16 sur 49 (32,7 %) |
| Sans information sur la stérilité | 10 sur 26 (38,5 %) |
| Maquillage permanent importé | 13 sur 22 (59 %) |
| Maquillage permanent fabriqué aux États-Unis | 4 sur 13 (31 %) |
Parmi les 34 bactéries isolées, 19 appartiennent à des espèces considérées comme pouvant être pathogènes, soit 8 espèces sur 22. Les auteurs ont établi ce caractère d’après des espèces de référence connues, sans le tester directement.
Les quantités étaient le plus souvent faibles : la plupart des encres contaminées contenaient moins de 250 UFC/g. Huit encres en contenaient nettement plus, au-delà de 800 UFC/g selon les auteurs : cinq de maquillage permanent et trois de tatouage.
Des bactéries capables de vivre sans oxygène
Six souches ont été isolées en l’absence d’oxygène. Quatre appartiennent à l’espèce Cutibacterium acnes, une bactérie anaérobie impliquée notamment dans l’acné et dans des infections sur implant. Deux appartiennent à Staphylococcus epidermidis, une bactérie facultative. Selon les auteurs, c’est la première fois que Cutibacterium acnes est isolée d’encres de maquillage permanent.
Dans deux encres, Cutibacterium acnes était présente avec une autre bactérie pouvant être pathogène, Staphylococcus saprophyticus : une même encre peut donc contenir à la fois des bactéries aérobies et anaérobies.
Toutes les bactéries isolées sans oxygène venaient d’encres de maquillage permanent. Les neuf encres de tatouage contaminées ne contenaient que des bactéries aérobies.
La mention « stérile » ne faisait pas la différence
Neuf fabricants présentaient leurs encres comme stériles. Les encres de trois d’entre eux seulement ne contenaient aucune bactérie. Au total, 16 des 49 encres étiquetées stériles étaient contaminées (32,7 %), contre 10 des 26 encres sans cette mention (38,5 %). La différence n’est pas statistiquement significative : dans cette étude, la mention n’était pas associée à l’absence de bactéries.
Le cas d’un fabricant français est détaillé : toutes ses encres portaient la mention « stérile », et 5 sur 8 contenaient des bactéries, dont Cutibacterium acnes et Staphylococcus saprophyticus.
Pour les auteurs, soit les procédés de stérilisation n’éliminent pas tous les micro-organismes, soit les mentions d’étiquetage sont inexactes. Ils demandent que l’efficacité des méthodes de stérilisation utilisées par les fabricants soit évaluée.
Maquillage permanent et tatouage
Les encres de maquillage permanent étaient plus souvent contaminées que les encres de tatouage, et cette différence est statistiquement significative. Les auteurs relèvent que toutes les encres de tatouage venaient de fabricants dont les produits avaient déjà été évalués par la FDA, et que certaines encres de maquillage permanent étaient importées.
Parmi les encres de maquillage permanent, les encres importées étaient plus souvent contaminées que celles fabriquées aux États-Unis (59 % contre 31 %), mais cette différence n’est pas statistiquement significative selon les auteurs.
Ces résultats décrivent les produits achetés pour l’étude. Ils ne permettent pas de classer une catégorie d’encres ou un pays comme plus sûrs qu’un autre, et les pigments utilisés pour la dermopigmentation de l’aréole n’ont pas été testés en tant que tels.
Ce que l’étude ne permet pas de conclure
- Une contamination n’est pas une infection. L’étude détecte des bactéries dans des flacons. Elle ne mesure pas d’infections chez des personnes tatouées.
- Un échantillon, un marché. 75 encres de 14 fabricants, achetées aux États-Unis. Les résultats ne décrivent pas les produits vendus en France.
- Un caractère pathogène supposé. Il est déduit des espèces de référence, pas testé sur les bactéries isolées.
- Une méthode qui peut en manquer. Les auteurs signalent que leur méthode peut ne pas détecter toutes les spores bactériennes, et que certains ingrédients des encres peuvent freiner la croissance des bactéries en laboratoire.
- Un chiffre à corriger. Pour les encres de tatouage, l’article donne 18 % de contamination, alors que 9 encres sur 40 représentent 22,5 %. La conclusion de l’étude n’en dépend pas.
Ce que l’étude apporte à la pratique
- La mention « stérile » ne suffit pas. Dans cette étude, elle n’était pas associée à l’absence de bactéries dans les flacons.
- Suivre les produits. Au-delà de l’étude, noter la marque, la teinte et le numéro de lot de chaque encre utilisée permet de retrouver un produit en cas de problème.
- Signaler ce qui inquiète. Une rougeur, une douleur ou un écoulement qui apparaissent dans les jours suivant le geste méritent d’être signalés à la personne qui l’a réalisé ou à l’équipe soignante.
Pour votre situation personnelle, parlez-en avec l’équipe qui vous suit.
Ce qu’il faut retenir
Dans cette étude de la FDA, 26 encres neuves et scellées sur 75 contenaient des bactéries, dont certaines capables de vivre sans oxygène, et la mention « stérile » ne faisait pas de différence. Les encres de maquillage permanent étaient plus souvent contaminées que les encres de tatouage. L’étude ne mesure pas d’infections et porte sur des produits du marché américain : elle plaide surtout pour un contrôle plus poussé des encres et de leur stérilisation.
Questions fréquentes
Une encre de tatouage neuve peut-elle contenir des bactéries ?
Oui. Dans cette étude, 26 encres sur 75, achetées neuves et scellées, contenaient des bactéries. Les quantités étaient le plus souvent faibles, et l’étude ne dit pas si ces bactéries ont causé des infections.
La mention « stérile » sur une encre est-elle fiable ?
Dans cette étude, elle n’était pas associée à l’absence de bactéries : 32,7 % des encres étiquetées stériles étaient contaminées, contre 38,5 % des autres. Les auteurs demandent que les méthodes de stérilisation des fabricants soient évaluées.
Ces résultats concernent-ils la dermopigmentation de l’aréole ?
Indirectement. L’étude a testé des encres de tatouage et de maquillage permanent vendues aux États-Unis, pas les pigments destinés spécifiquement à l’aréole. Elle rappelle l’importance de la qualité des encres et de leur traçabilité.
Source et liens utiles
Yoon S, Kondakala S, Foley SL, et al. Detection of anaerobic and aerobic bacteria from commercial tattoo and permanent makeup inks. Applied and Environmental Microbiology. 2024;90(7):e00276-24. Article en accès libre, texte intégral consulté le 8 octobre 2026.
Financement : en partie par un programme de bourses de recherche du Centre national de recherche toxicologique de la FDA. Les auteurs déclarent n’avoir aucun conflit d’intérêts ; l’article ne reflète pas nécessairement la position de la FDA.
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Cet article d’information ne remplace pas un avis médical.


