Tatouage de l’aréole : le risque d’infection mesuré sur onze ans

Comme tout geste qui traverse la peau, le tatouage de l’aréole peut se compliquer d’une infection. À quelle fréquence, et dans quelles situations ? Une équipe américaine a passé en revue onze ans de tatouages réalisés après une reconstruction mammaire : 949 seins, chez 539 patientes. Voici ce que montre son étude, publiée en 2021, d’après le résumé de l’article, et ce qu’elle ne permet pas de conclure.

L’essentiel

  • Qui ? 539 patientes tatouées après une reconstruction mammaire à la Mayo Clinic, aux États-Unis, entre 2009 et 2020 : 949 seins au total.
  • Quel résultat ? 21 seins sur 949, soit 2,2 %, ont présenté une infection liée au tatouage, en moyenne 6,5 jours après. 20 de ces 21 infections ont été traitées par des antibiotiques par voie orale seulement.
  • Dans quelles situations ? Les infections étaient plus fréquentes après une radiothérapie (rapport de cotes de 4,1) et quand l’implant était placé devant le muscle pectoral (rapport de cotes de 2,8).
  • Quelle portée ? Une étude rétrospective, menée dans un seul établissement et connue ici par son résumé : un ordre de grandeur utile, pas une prédiction pour chaque patiente.

Un rapport de cotes, c’est quoi ?

Pour savoir si une situation est associée à plus d’infections, les chercheurs comparent deux groupes : par exemple, les seins qui ont reçu une radiothérapie et ceux qui n’en ont pas reçu. Le rapport de cotes, appelé odds ratio en anglais, résume cette comparaison en un seul nombre. S’il vaut 1, l’infection est aussi fréquente dans les deux groupes. S’il est supérieur à 1, elle est plus fréquente dans le premier.

Quand la complication est rare, comme ici, le rapport de cotes se lit à peu près comme « combien de fois plus fréquent ». Un rapport de cotes de 4,1 correspond donc à une infection environ quatre fois plus fréquente. Il s’accompagne d’une valeur de p : plus elle est petite, moins il est probable que l’écart observé soit dû au seul hasard. Par convention, on parle de différence statistiquement significative quand p est inférieur à 0,05.

Une association n’est pas une cause. Une étude comme celle-ci montre que deux choses vont ensemble. Elle ne prouve pas que l’une entraîne l’autre.

Comment l’étude a été menée

L’étude a été menée par la division de chirurgie plastique de la Mayo Clinic, à Rochester, aux États-Unis. Les chercheurs ont relu les dossiers des patientes ayant eu un tatouage de l’aréole et du mamelon après une reconstruction mammaire, entre janvier 2009 et mars 2020 : 539 patientes et 949 seins tatoués. C’est une étude rétrospective : les données ont été recueillies après coup, dans les dossiers médicaux, et non selon un protocole fixé avant les tatouages.

Les reconstructions étaient variées. Près des trois quarts des seins (698, soit 73,6 %) avaient été reconstruits avec un implant, et un peu plus d’un quart (251, soit 26,4 %) avec les propres tissus de la patiente : on parle alors de reconstruction autologue. Parmi les implants, 456 (65,3 %) étaient placés derrière le muscle pectoral et 242 (34,7 %) devant ce muscle, en position dite pré-pectorale. Une matrice dermique acellulaire, un tissu de soutien utilisé pendant la reconstruction, avait été posée pour 547 seins (57,6 %). Enfin, 130 seins (13,7 %) avaient reçu une radiothérapie avant le tatouage.

Une infection liée au tatouage était définie comme une rougeur du sein ayant nécessité des antibiotiques dans les 30 jours suivant le tatouage. Les patientes qui présentaient une rougeur réactionnelle dans les deux jours suivant le geste étaient exclues de l’analyse.

Cet article s’appuie sur le résumé de l’étude : le texte intégral n’est pas en accès libre. Certains détails n’y figurent pas, comme les professionnels qui réalisaient les tatouages ou le matériel utilisé.

Ce que l’étude a trouvé

Sur les 949 seins tatoués, 21 ont présenté une infection liée au tatouage, soit 2,2 %. L’infection est apparue en moyenne 6,5 jours après le tatouage, avec de grandes variations d’une patiente à l’autre (plus ou moins 5,3 jours).

Graphique : chiffres clés d’une étude sur 949 seins tatoués après une reconstruction mammaire. 2,2 % ont présenté une infection, en moyenne 6,5 jours après le tatouage, et 95,2 % des infections ont été traitées par antibiotiques par voie orale. La radiothérapie (rapport de cotes 4,1) et l’implant placé devant le muscle (rapport de cotes 2,8) sont associés à plus d’infections.
Graphique RNPSDA, d’après le résumé de l’étude.

Les mêmes résultats en chiffres :

RésultatChiffre
Seins tatoués (patientes)949 (539)
Seins ayant présenté une infection liée au tatouage21, soit 2,2 %
Délai moyen d’apparition de l’infection6,5 jours (± 5,3)
Infections survenues après une reconstruction par implant18 sur 21 (85,7 %)
Infections traitées par antibiotiques par voie orale seulement20 sur 21 (95,2 %)
Infection ayant conduit au retrait de l’implant1 sur 21
Lecture : 2,2 % des seins tatoués ont présenté une infection liée au tatouage. Source : Weissler et al., 2021, résumé de l’article.

La grande majorité de ces infections a été traitée par des antibiotiques par voie orale : 20 sur 21. Une seule a nécessité des antibiotiques par perfusion. Le traitement n’a pas suffi, et l’implant a dû être retiré. Sur l’ensemble des seins tatoués, cela représente un cas sur 949.

Les infections touchaient surtout les reconstructions par implant : 18 des 21 infections (85,7 %) sont survenues chez des patientes reconstruites avec un implant, dont un tiers chez des patientes qui avaient reçu une radiothérapie. Pour comparaison, les reconstructions par implant représentaient 73,6 % des seins tatoués.

Deux situations associées à plus d’infections

Les auteurs ont recherché les situations associées à un risque d’infection plus élevé, dans une analyse dite multivariée, qui tient compte de plusieurs facteurs à la fois. Deux ressortent :

  • La radiothérapie avant le tatouage. Les infections étaient plus fréquentes sur les seins irradiés, avec un rapport de cotes de 4,1 (p = 0,007).
  • L’implant placé devant le muscle. Chez les patientes reconstruites avec un implant, la position pré-pectorale était associée à plus d’infections que la position derrière le muscle, avec un rapport de cotes de 2,8 (p = 0,036).

Parmi les seins irradiés, les infections étaient aussi plus fréquentes après une reconstruction par implant qu’après une reconstruction autologue (p = 0,025).

Pour les auteurs, des antibiotiques donnés avant le tatouage, à titre préventif, ont leur place chez ces patientes pour réduire le risque d’infection. C’est leur proposition, dans leur établissement. Ce n’est pas une recommandation française, et le résumé ne dit pas si cette mesure a été évaluée dans l’étude.

Ce que l’étude ne permet pas de conclure

  • Un seul établissement, une étude rétrospective. Les données viennent des dossiers d’un seul centre, relus après coup. Une infection soignée ailleurs, par exemple par un médecin de ville, peut échapper à ce type d’étude.
  • Une définition large de l’infection. Toute rougeur ayant conduit à prescrire des antibiotiques était comptée. Certaines rougeurs traitées par précaution n’étaient peut-être pas des infections.
  • Une association, pas une cause. L’analyse tient compte de plusieurs facteurs, mais pas de tous. Les patientes irradiées ou reconstruites avec un implant pré-pectoral peuvent différer des autres par des aspects non mesurés. L’étude ne prouve pas que la radiothérapie ou la position de l’implant provoque l’infection.
  • Des pratiques propres à ce centre. Les chiffres décrivent un établissement, sur une période donnée. Le résumé ne précise ni qui réalisait les tatouages, ni avec quel matériel, ni dans quelles conditions d’hygiène.
  • Un résumé seulement. Le texte intégral n’étant pas en accès libre, les détails de l’analyse n’ont pas pu être vérifiés.

Ce que l’étude apporte à la pratique

  • Informer sur le risque. Dans cette étude, l’infection après un tatouage de l’aréole reste peu fréquente : 2,2 % des seins tatoués. Un ordre de grandeur utile pour en parler avant le geste.
  • Connaître le parcours de reconstruction. Une radiothérapie ou un implant placé devant le muscle sont des informations à partager avec la personne qui réalise le tatouage.
  • Savoir quand consulter. Dans l’étude, les infections sont apparues en moyenne 6,5 jours après le tatouage. Une rougeur qui apparaît ou s’étend après les premiers jours mérite d’être signalée sans attendre à l’équipe soignante.

Pour votre situation personnelle, parlez-en avec l’équipe qui vous suit.

Ce qu’il faut retenir

À la Mayo Clinic, 2,2 % des seins tatoués après une reconstruction mammaire ont présenté une infection. Elle est apparue en moyenne 6,5 jours après le geste et a presque toujours été traitée par des antibiotiques par voie orale. Les infections étaient plus fréquentes après une radiothérapie et avec un implant placé devant le muscle. Issus d’une étude rétrospective menée dans un seul centre, ces résultats donnent un ordre de grandeur. Ils invitent à parler du risque d’infection avant le tatouage, surtout dans ces deux situations.

Questions fréquentes

Le tatouage de l’aréole peut-il s’infecter ?

C’est possible, mais peu fréquent dans cette étude : 21 seins sur 949, soit 2,2 %. Presque toutes ces infections ont été traitées par des antibiotiques par voie orale.

Quand une infection apparaît-elle après le tatouage ?

Dans l’étude, en moyenne 6,5 jours après le tatouage, avec des écarts importants d’une patiente à l’autre. Une rougeur qui apparaît ou s’étend dans les jours qui suivent mérite d’être signalée à l’équipe soignante.

La radiothérapie augmente-t-elle le risque d’infection ?

Dans cette étude, les infections étaient environ quatre fois plus fréquentes sur les seins irradiés (rapport de cotes de 4,1). C’est une association observée dans un seul établissement, pas une prédiction pour chaque patiente.

Source et liens utiles

Weissler JM, Kuruoglu D, Curiel D, Alsayed A, Dudakovic A, Harless CA, Nguyen MT. An 11-year Institutional Review of Nipple-Areolar Complex Tattooing for Breast Reconstruction: Identifying Risk Factors for Development of Tattoo-related Infectious Complications. Annals of Plastic Surgery. 2021;87(5):e86-e91. Notice PubMed consultée le 8 octobre 2026.

D’après le résumé de l’article ; le texte intégral n’est pas en accès libre. Les auteurs ne déclarent ni conflit d’intérêts ni financement.

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Cet article d’information ne remplace pas un avis médical.

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