Tatouage de l’aréole : la satisfaction des patientes avant et après

Après une reconstruction mammaire, le tatouage de l’aréole vient souvent clore le parcours. Améliore-t-il la satisfaction des patientes ? Et le résultat dépend-il de la personne qui le réalise ? Une équipe australienne a été l’une des premières à le mesurer avec un questionnaire validé, rempli avant puis après le tatouage. Voici ce que montre son étude, publiée en 2018, et ce qu’elle ne permet pas de conclure.

L’essentiel

  • Qui ? 98 patientes d’un service australien de reconstruction mammaire, qui avaient rempli le questionnaire BREAST-Q avant et après leur tatouage de l’aréole.
  • Quel résultat ? Le score de satisfaction à l’égard du mamelon passe en moyenne de 74,1 à 80,9 sur 100. Les autres scores, dont le bien-être psychosocial et sexuel, ne changent pas de façon significative.
  • Infirmière ou chirurgien ? Après le tatouage, les scores sont proches : 81,5 pour l’infirmière, 78,9 pour le chirurgien. La différence n’est pas statistiquement significative.
  • Quelle portée ? Un seul service, pas de groupe de comparaison sans tatouage, et moins de la moitié des patientes tatouées dans l’analyse : un résultat encourageant, à confirmer.

Le BREAST-Q, c’est quoi ?

Pour savoir si un soin améliore la vie des patientes, il ne suffit pas que le résultat plaise au soignant. Il faut le demander aux patientes elles-mêmes, avec un outil fiable. Le BREAST-Q est un questionnaire validé, conçu pour la chirurgie du sein. Il fait partie des mesures de résultats rapportés par les patientes, appelées PROM en anglais.

Son module consacré à la reconstruction explore plusieurs domaines, dont la satisfaction à l’égard des seins et le bien-être psychosocial, sexuel et physique. Chaque domaine donne un score de 0 à 100 : plus il est élevé, meilleur est le résultat déclaré par la patiente.

Une échelle porte sur le mamelon reconstruit. Ses cinq questions concernent les deux dernières semaines : la forme du mamelon, l’aspect du mamelon et de l’aréole, leur caractère naturel, leur couleur et la hauteur du mamelon. Attention à la lecture : un score de 80 sur 100 ne signifie pas que 80 % des patientes sont satisfaites. C’est une note moyenne, calculée à partir des réponses de chacune.

Comment l’étude a été menée

L’étude a été menée dans le service de reconstruction mammaire du Flinders Medical Centre, à Adélaïde, en Australie. Les tatouages de l’aréole y étaient d’abord réalisés par un chirurgien plasticien. En 2012, une infirmière praticienne spécialisée en reconstruction mammaire a ouvert une consultation de tatouage. En Australie, ce statut correspond à une pratique infirmière avancée. Elle avait été formée et accréditée par ce chirurgien.

Les chercheurs ont recensé, dans la base de données du service, toutes les patientes dont la reconstruction s’était terminée par un tatouage de l’aréole entre août 2010 et août 2016 : 204 patientes et 280 aréoles tatouées, 128 patientes l’ayant été d’un seul côté et 76 des deux côtés. L’infirmière praticienne avait réalisé 169 de ces tatouages, le chirurgien 111. L’âge médian des patientes était de 51 ans. Chacune participait aux choix de la couleur, de la taille et de la forme de l’aréole. Les pigments de la gamme Academy C Breast Series (Cleo Colours, États-Unis) étaient implantés avec une machine rotative et une aiguille à trois pointes.

Dans ce service, les patientes remplissent le BREAST-Q à plusieurs étapes de leur parcours. Pour isoler la période du tatouage, les chercheurs n’ont retenu que les questionnaires remplis dans les six semaines qui le précédaient, puis au moins deux semaines après. 98 patientes sur 204 (48 %) remplissaient ces conditions : 76 avaient été tatouées par l’infirmière praticienne, 22 par le chirurgien. Les autres ont été exclues, le plus souvent parce que la périodicité des questionnaires n’était pas encore établie (65 patientes).

Ce que l’étude a trouvé

Sur l’échelle consacrée au mamelon, le score moyen passe de 74,1 avant le tatouage à 80,9 après, soit 6,8 points de plus. Cette hausse est statistiquement significative : il est peu probable qu’elle soit due au seul hasard.

Graphique : scores BREAST-Q moyens de 98 patientes avant et après le tatouage de l’aréole, sur une échelle de 0 à 100. Seule la satisfaction du mamelon progresse nettement, de 74,1 à 80,9.
Graphique RNPSDA, d’après le texte et le tableau 2 de l’étude.

Les mêmes résultats en chiffres :

Score BREAST-Q, de 0 à 100Avant le tatouageAprès le tatouage
Satisfaction du mamelon74,180,9
Satisfaction des seins7475
Bien-être psychosocial7778
Bien-être sexuel6160
Bien-être physique : thorax7879
Bien-être physique : abdomen8782
Lecture : moyennes des 98 patientes analysées. Seule la satisfaction du mamelon change de façon statistiquement significative. Source : Smallman et al., 2018, texte et tableau 2.

Dans le détail des cinq questions, les progrès significatifs portent sur la couleur et la hauteur du mamelon : la part de patientes satisfaites y augmente nettement. Pour la forme, l’aspect et le caractère naturel du mamelon, la hausse n’est pas statistiquement significative. Une lecture possible : le tatouage apporte de la couleur et peut donner une impression de relief, sans changer la forme du mamelon reconstruit.

Les autres domaines du BREAST-Q ne changent pas de façon significative, qu’il s’agisse de la satisfaction à l’égard des seins ou du bien-être psychosocial, sexuel et physique. Les auteurs notent que, après le tatouage, les scores de satisfaction des seins et de bien-être psychosocial et sexuel dépassent les valeurs de référence publiées pour ce questionnaire. C’était déjà le cas avant le tatouage. L’amélioration observée concerne donc la satisfaction à l’égard du mamelon, pas la qualité de vie dans son ensemble.

Infirmière ou chirurgien : une différence ?

C’est l’autre question de l’étude. Les infirmières praticiennes réalisent de plus en plus souvent ce geste, autrefois réalisé par le chirurgien plasticien, notent les auteurs. Les résultats rapportés par les patientes sont-ils comparables ?

Après le tatouage, le score de satisfaction du mamelon est en moyenne de 81,5 chez les patientes tatouées par l’infirmière praticienne, et de 78,9 chez celles tatouées par le chirurgien. Cette comparaison tient compte du score de départ de chaque patiente. L’écart n’est pas statistiquement significatif.

Ce résultat se lit avec prudence :

  • Les deux groupes sont inégaux. 76 patientes d’un côté, 22 de l’autre. Avec si peu de patientes tatouées par le chirurgien, une différence modeste aurait pu passer inaperçue.
  • Ne pas trouver de différence ne prouve pas l’équivalence. L’étude n’a pas été conçue pour démontrer que les deux professionnels obtiennent les mêmes résultats.
  • Une infirmière, un chirurgien, un service. L’infirmière avait été formée par ce chirurgien, et le matériel était le même. Le résultat décrit cette organisation, pas l’ensemble des pratiques.

Pour les auteurs, ce travail plaide pour un suivi régulier des résultats rapportés par les patientes, quel que soit le professionnel qui réalise le soin.

Un seul côté ou les deux

L’étude relève une autre différence. Après le tatouage, les patientes tatouées d’un seul côté ont un score de satisfaction du mamelon plus élevé que celles tatouées des deux côtés : 83,6 contre 75,0, en tenant compte du score de départ. Les auteurs avancent une hypothèse : avec un seul côté reconstruit, le mamelon tatoué peut être comparé au mamelon naturel, et l’équilibre retrouvé serait plus perceptible. Ils estiment que ce point mérite d’autres travaux.

Ce que l’étude ne permet pas de conclure

  • Pas de groupe de comparaison. Toutes les patientes analysées ont été tatouées. Sans groupe non tatoué suivi sur la même période, l’effet du tatouage ne peut pas être entièrement séparé de celui du temps qui passe ou de la fin du parcours de reconstruction.
  • Moins d’une patiente sur deux dans l’analyse. 98 patientes sur 204 avaient des questionnaires remplis aux bons moments. Selon les auteurs, elles ne différaient pas des autres par l’âge, la durée du parcours ou les scores avant tatouage. D’autres différences restent possibles.
  • Un recul court. Le second questionnaire pouvait être rempli dès deux semaines après le tatouage. L’étude ne dit pas comment la satisfaction évolue ensuite, par exemple quand la couleur s’atténue.
  • Des chiffres qui varient d’une partie de l’article à l’autre. Le résumé annonce 93 patientes et un score passant de 74,4 à 81,0. Le texte donne 98 patientes et un score de 74,1 à 80,9. L’article n’explique pas cet écart. Il présente aussi deux séries de pourcentages différentes pour la part de patientes satisfaites, sans en préciser le calcul. Les chiffres repris ici sont ceux du texte.

Ce que l’étude apporte à la pratique

  • Mesurer avec les patientes. Un questionnaire validé, rempli avant et après le soin, renseigne sur ce que vivent les patientes. C’est la piste que proposent les auteurs, pour tous les professionnels qui réalisent ce geste.
  • Décider ensemble. Dans l’étude, chaque patiente participait au choix de la couleur, de la taille et de la forme de l’aréole.
  • Parler de la couleur. C’est l’un des deux points qui progressent nettement après le tatouage : un sujet à aborder dès la première consultation.

Pour votre situation personnelle, parlez-en avec l’équipe qui vous suit.

Ce qu’il faut retenir

Dans cette étude australienne, la satisfaction des patientes à l’égard du mamelon reconstruit progresse après le tatouage de l’aréole, surtout pour la couleur et la hauteur du mamelon. Aucune différence significative n’apparaît selon que le tatouage a été réalisé par l’infirmière praticienne ou par le chirurgien. L’étude porte toutefois sur un seul service, sans groupe de comparaison et avec un recul court : c’est un résultat encourageant, que d’autres travaux devront confirmer.

Questions fréquentes

Le tatouage de l’aréole améliore-t-il la satisfaction des patientes ?

Dans cette étude, oui pour le mamelon : le score de satisfaction passe de 74,1 à 80,9 sur 100 en moyenne. Les autres domaines du BREAST-Q, comme le bien-être psychosocial ou sexuel, ne changent pas de façon significative.

Le résultat dépend-il de qui réalise le tatouage ?

Dans le service australien étudié, les scores après tatouage ne différaient pas de façon significative entre l’infirmière praticienne, formée et accréditée par le chirurgien, et le chirurgien lui-même. Le groupe tatoué par le chirurgien était petit (22 patientes), ce qui limite la portée de cette comparaison.

Qu’est-ce que le BREAST-Q ?

C’est un questionnaire validé, rempli par les patientes, qui mesure la satisfaction et la qualité de vie après une chirurgie du sein. Chaque domaine donne un score de 0 à 100 ; ce score n’est pas un pourcentage de patientes satisfaites.

Source et liens utiles

Smallman A, Crittenden T, Yip JM, Dean NR. Does nipple-areolar tattooing matter in breast reconstruction? A cohort study using the BREAST-Q. JPRAS Open. 2018;16:61-68. Article en accès libre, texte intégral consulté le 8 octobre 2026.

Comité d’éthique : approbation n° 354.13 du Southern Adelaide Clinical Human Research Ethics Committee. Financement : aucun, selon un erratum publié en 2021. Les auteurs déclarent n’avoir aucun conflit d’intérêts.

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Cet article d’information ne remplace pas un avis médical.

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